Shenmue III : Le miraculé d’avant Noël

Une chose étonnante se produit en ce moment. Un voyage dans le temps qui me conduit à revoir dans quelques rayons le jeu révolutionnaire de Yu Suzuki. Nous étions à l’époque à la fin du millénaire et Shenmue qui se montrait dans de nombreuses photos dans les magazines, était enfin à disposition pour tous les amateurs d’import. Il faudra attendre un an pour le toucher en version compréhensible.

Malgré la ferveur de ceux qui l’ont tant aimé, ce début de saga ( le jeu devait avoir plusieurs longs épisodes),  signera la fin de l’aventure de SEGA en tant que constructeur. Une faute qui est également imputée à la Dreamcast et à sa très mauvaise communication tant externe qu’interne au sein de la compagnie.

Ainsi comme d’autres, je me suis retrouvé en 2001 comme orphelin. Ryo et Shenhua dans la grotte mystérieuse et…

Je vais m’arrêter là pour éviter tout spoil. Shenmue II se concluait et sa suite de devenir un improbable développement, puis une chimère. Et ce jusqu’à cet E3 2015 voyant le retour de l’émérite créateur proposant de financer cette séquelle tant attendue sur Kickstarter.

Nous sommes en novembre 2019, dix-huit années sont passées et malgré les nombreuses railleries sur le développement et le produit final, Shenmue III est bel et bien une réalité.

Mes propos qui vont suivre ne sont pas faits pour convaincre ceux qui savent mais bien les profanes qui peuvent ( et c’est compréhensible) ne pas s’intéresser à un jeu qui a su marquer l’histoire mais aussi le gameplay par sa richesse.

A la fin 90, peu de jeux pouvaient se targuer d’être à ce point ouverts et gigantesques. L’on pensera bien entendu à The Legend Of Zelda : Ocarina Of Time alors que c’est bien Super Mario 64 qui a posé les bases des mondes libres, comme Outcast sur PC d’une ambition assez dingue. Le pari de Suzuki était d’apporter en plus une cohérence véritable et d’impliquer le joueur grâce au concept F.R.E.E (Full Reactive Eyes Entertainment), permettant de visiter tout ou presque et d’agir sur les meubles en les ouvrants, les objets en les tournant dans la mains. Un réalisme patent qui étonne par une météo capricieuse, des changements de saison et des rencontres avec de nombreux personnages non jouables tous uniques.

Une véritable révolution il y a vingt-ans. Le jeu vidéo venait de passer un cap. A l’heure du fantasme de la réalité virtuelle des années 80-90, Shenmue offrait une véritable alternative grâce à ces nouvelles sensations procurées manette en mains.

Mais résumer Shenmue à son unique partie technique serait une erreur. Car s’il déchaîne autant les passions contradictoires, c’est bien pour sa proposition. Sorte de point & click revisité, l’aventure de Ryo du Japon à la Chine se veut d’une grande introspection. Retrouver l’assassin de son père se mérite et la narration comme le gameplay de ne pas jouer dans la cour des GTA. 

Tout est question de pondération, de sagesse. Quand bien même son chagrin et son esprit de vengeance, Ryo est certainement le héros le plus sain de sa catégorie. D’une rigueur excessive, elle se coordonne parfaitement avec ces tribulations qui laissent le temps au temps. A défaut d’être une ode à la paresse, il n’y a ici aucune urgence, tout se fera à son rythme.

Et c’est en commençant ma partie sur Shenmue III ( après avoir pris le soin de refaire les deux précédents en HD ) que cette parenthèse de presque deux décennies s’est vue continuer exactement là où j’avais laissé le fier japonais.

La sensation se veut particulière. Comme si je vivais quelque chose d’irréaliste vu que dans ma tête le jeu n’existe pas encore. Et pourtant, après quelques instants dans le village de Bailu rien n’a vraiment bougé. Certes les graphismes sont plus récents, les contrôles plus souples et l’apparition d’une inédite jauge d’endurance obligeant au repos et à la restauration histoire de coller au XXIème siècle  mais toujours dans une ambiance de sérénité et de calme. Comme à la fin de Shenmue II.

Je vais être honnête. Par manque de temps, je ne me suis pas pleinement consacré à Shenmue III pour le moment et donner un avis définitif ne se fera qu’une fois le jeu terminé. Toutefois, je puis affirmer que le temps passé dans ce village typique suranné  est des plus rassurant. L’on retrouve aisément ses marques, on redécouvre le bonheur de la flânerie, de la discussion parfois pour rien et pourtant obligatoire pour progresser dans un  shoot de nature on ne peut plus salutaire.

Aux acerbes critiques sur les graphismes, il sera de bon ton de rétorquer que le jeu est loin d’être vilain. Au contraire, il est même des plus charmant. Dans Shenmue III tout semble vivant, palpable et à moins d’être un ennemi du bucolique, difficile de ne pas se laisser envoûter.

Certainement que l’on aurait préféré le voir avec le moteur Dragon Engine servant à Yakuza 6 et Kiwami 2 et secondé par son ancien partenaire Toshihiro Nagoshi ; pour autant, cette production YS Net / Shibuya Productions n’a pas à rougir des triples A sans saveur.

Authenticité. Voilà de quoi Shenmue III parle, se moquant allègrement d’être taxé de passéiste et préférant mener sa barque sur d’autres flots.

Certes le voyage ne s’adresse pas à tout le monde et prendre le billet d’une telle embarcation peut s’avérer périlleux. Mais pour qui a le goût de l’aventure et qui passera bien entendu par les escales des deux premiers épisodes HD, de formidables souvenirs sont d’ores et déjà annoncés.

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Responsable Editorial Rédacteur chez Pix'n Love, Retro vers le Futur Chroniqueur dans " Les Tauliers " sur Radio JV.com

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