Hyrule Warriors : et tu tapes, tapes, tapes…

On peut reprocher à Nintendo d’utiliser leurs licences à qui mieux-mieux, plutôt que d’innover. C’est là un principe qu’ils suivent depuis longtemps, et Hyrule Warriors ne déroge pas à la règle : transposition de la série de Koei Dynasty Warriors dans l’univers de Zelda, il a eu le mérite de m’attirer et de découvrir un genre que je connaissais pas.

Autant le dire effectivement, je suis un fan-boy. Il suffit qu’un jeu soit estampillé du fameux elfe vert pour qu’aussitôt je sois attiré, comme une mouche sur un pot de miel. Hyrule Warriors est arrivé, cependant et me concernant, au bon moment : je ne désirais en effet rien de mieux, ces jours-ci, qu’un défouloir pour me vider les esprits, et avant de revenir vers des jeux plus intrigants, les Stanley Parable et autres Antichamber, je voulais plus que jamais de la simplicité.

Hyrule Warriors arriva : et il apporte ce qu’on attend de lui, et rien de plus.

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Rentrer dans le lard

La série des Dynasty Warriors, série fleuve à laquelle se rattache près d’une trentaine de jeux depuis 1997, vous propose de vous plonger au sein d’affrontements titanesques mettant en scène de grandes armées. Dans des arènes fermées, vous contrôlerez un général qui doit se frayer un chemin vers divers objectifs, généralement prendre l’une ou l’autre place forte ou tuer tel ou tel commandant ennemi, tout en veillant à la progression de vos rangs et en établissant vos positions.

Si la série sait volontiers jouer sur la stratégie (il est souvent une façon d’avancer plus méthodique qu’une autre), elle se résume souvent à parcourir la carte à toute berzingue pour venir en aide à ses officiers mal au point et à contrecarrer les plans, toujours scriptés et survenant toujours au même moment, de nos ennemis. C’est en cela que la série des « muso » jouit d’une réputation de beat’em all aliénant et de grande répétitivité.

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Sans surprise aucune, Hyrule Warriors ne déroge pas à la règle, du moins de prime abord. Le sel du jeu consiste à fendre tel un Dieu vengeur les légions belliqueuses à l’épée, au sceptre, à l’aide de la magie parfois, et il faudra alors surtout apprendre à varier les combos et à alterner coups faibles et coups forts pour faire une trouée et faciliter l’avancée de nos troupes.

C’est là le premier aspect, crucial, du titre : s’il est assez évident, en mode « facile », de faire un peu n’importe quoi et de malgré tout survivre et remporter une bataille perdue d’avance, les difficultés supérieures exigeront une parfaite connaissance du personnage, de ses points forts et de ses points faibles, pour progresser. L’aspect « aliénant » du jeu, qui existe très volontiers, est alors contrebalancé, de la même façon que pour un beat’em all par ailleurs, par la nécessité d’adapter son style au jeu aux situations : on ne défouraillera pas de la même façon la piétaille que les généraux ennemis, et le gameplay en devient alors bien plus intéressant. On se surprend alors à avancer, à notre rythme, et à rentrer davantage encore dans les arcanes de ce jeu.

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Il y a des trésors partout !

C’est alors ici que surgit la « touche Nintendo ». Je ne parle pas de l’habillage, qui a son charme et ses défauts comme je le dirai plus tard, mais bien des modes « annexes » et de la générosité du contenu. Il est, grossièrement, deux grands modes de jeu : le mode « légende », qui vous propose de suivre une histoire continue au gré de ses nombreuses péripéties. C’est ici que l’on commencera, puisqu’on sera invité à diriger plusieurs personnages distincts, à débloquer les armes et les héros, à apprendre à jouer.

Mais une fois ce « mode » terminé, il faudra alors poursuivre dans le mode « Aventure » qui compose véritablement le cœur du jeu. Il s’agira ici de remplir différentes missions plus ou moins longues, de découvrir des secrets divers, surtout de ne pas se farcir les dialogues et les scripts du mode « légende » qui finissent par peser lorsqu’on recommence pour la énième fois une mission en particulier. On se concentre alors sur le charme de la série, les combats rangés, l’avancée stratégique, et la difficulté se fait ici retorde : chaque niveau est noté, et seul un parcours « parfait » permettra d’obtenir les dernières récompenses nécessaires pour transformer nos personnages jolis en démons destructeurs que rien ne peut arrêter.

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Par cette astuce, le hack’n slash qu’est Hyrule Warriors voit son intérêt et sa durée de vie multipliés plusieurs fois, et j’ai été véritablement aspiré dans cet épisode, je me suis plongé corps et biens dans la bataille, je cherche maniaquement les matériaux nécessaires pour augmenter la puissance des héros, j’explore toutes les possibilités.

Celles-ci sont nombreuses : parmi la petite quinzaine de personnages contrôlables, de Link à Ganondorf en passant par Darunia, Ruto ou même Impa et Sheik, pas un ne se joue comme le précédent. L’on finit, évidemment, par avoir ses préférences, mais compte tenu, en outre, que les personnages ont souvent plusieurs armes disponibles, c’est près d’une trentaine de styles de jeu distincts qu’il faudra domestiquer. De la puissance brute du roi des Gorons à l’équilibre de Link en passant par la célérité des sorcières, l’on voit très rapidement qu’un grand soin a été apporté à la distribution. Plus qu’un vernis graphique, le choix du personnage contrôlé influence profondément le style de jeu et réduire, alors, Hyrule Warriors à un unique « button smasher » serait lui faire un faux procès.

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Press « + » to skip.

Étrangement, paradoxalement même, ce qui m’aura le plus déplu dans ce jeu, c’est l’habillage Zelda. Pas réellement le « skin », soit l’identité des héros et de ceux créés pour l’occasion (qui sont plutôt génériques, mais là n’est point le problème) ni les environnements traversés qui piochent allègrement où cela leur chante (Ocarina of Time, Twilight Princess, Skyward Sword…), mais plutôt les nombreuses cinématiques et l’histoire du mode « légende ». Celles-ci sont belles, à n’en point douter : mais elles manquent cruellement de peps. Si j’ai su les subir au commencement, j’ai par la suite frénétiquement appuyé sur la touche « + » du gamepad pour les annuler.

Néanmoins, autant l’histoire n’est qu’un douloureux prétexte pour multiplier les missions, autant elle nous permet de varier les situations et même de batailler contre des Gorons, contre Link, Impa et même Zelda, ce qui a un très grand charme. De la même façon que pour les dernières améliorations de Diablo III, le mode « Aventure » permet alors de supprimer « le gras » de ce jeu et de se concentrer uniquement sur ses combats, et d’entrer directement dans la mêlée sans plus attendre.

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Hyrule Warriors est un jeu honnête, qui ne ment jamais sur son contenu. Répétitif, aliénant, au scénario creux, il est aussi généreux, jouissif, complet. Il faut avoir volontiers une amitié particulière pour ce genre de titre et s’attendre à répéter, constamment, les mêmes actions, les mêmes gestes, avec de belles variations cependant bien que le cadre global soit désespérément monotone.

Personnellement, je juge en avoir eu pour mon argent, et je me vois bien y passer une centaine d’heures avant que la lassitude, qui toujours arrive, ne me prenne au cœur. Mais d’ici là, loin des polémiques, loin de la réflexion de comptoir, je me serai amusé et j’aurai joué à un véritable jeu vidéo. Que demande le peuple ?

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A propos Mathieu Goux 81 Articles
Co-Responsable de Ze Player, Rédacteur sur Grospixels.com, Animateur sur Radiojv.com.