Resident Evil 2 : Réinventer la peur

Attendu tel le messie suite à un premier épisode terriblement choquant et fondateur du genre Survival Horror au détriment de Alone In The Dark dont il s’est plus que largement inspiré, Resident Evil 2 nous est arrivé en janvier 1998 pour les amateurs d’importation.

Une date d’importance pour une suite qui su apporter son lot de nouveautés avec les venues de Leon . S Kennedy jeune recrue de la police et Claire Redfield, sœur de Chris Redfield, héros survivant du sinistre manoir Spencer.

Alors que Resident Evil a bénéficié d’un remaster particulièrement réussi sur Gamecube, les autres aventures sont restées de côté hormis quelques légers lifting graphiques pour rendre l’ensemble moins brouillon jusqu’à ce que Capcom décide enfin de rappeler à qui en doutait que les patrons de l’horreur sont bien eux. Prends ça dans la poire Shinji Mikami, cocréateur de la saga parti voguer vers d’autres horizons et studios, pour concurrencer son ancien employeur sur son terrain avec le convaincant The Evil Within.

Capcom était attendu au tournant. Les déceptions de Resident Evil V et VI ( jouez au scénario de Léon malgré tout ) et le retour en grâce avec une septième itération en vue subjective opportune depuis l’annulation de Silent Hill P.T, faisaient que le développeur devait marquer un grand coup.

Je pourrais arrêter cet article avec « Et ils l’ont fait ! », qu’un développement me semble toutefois nécessaire.

L’on ne va pas s’étendre sur l’histoire connue par les fans de la premières heure. Leon commence son premier jour à la police de Raccoon City en pleine zombie apocalypse, parce qu’il ne fallait pas se lever ce jour là, parce que c’est comme ça que commence chaque film d’horreur avec cette trame nanardesque bienvenue qui fait le sel même de ce type de production. On n’est pas là pour causer réalisation d’auteur.

Et c’est avec plaisir que l’on retourne dans ce satané commissariat infesté de joyeuseries, décidément gigantesque et dont l’architecte doit s’appeler Dédale, histoire de rappeler aux bons souvenirs des allers-retours dans la grande demeure perdue dans la forêt de Raccoon…

Sauf que, si l’environnement est familier, la progression elle, n’est plus vraiment la même.

Resident Evil se réinvente et casse son classicisme une nouvelle fois depuis son épatant quatrième épisode.

Fini les couloirs et pièces éclairées. Le bâtiment de la police n’a jamais été à ce point macabre. On pouvait avoir quelques doutes quant à la propension à recréer en 3D les impressionnants angles de vues 2D qui confinaient une impression de danger permanent.

Dans son déroulé, chacune des pièces se veut piège. On longe pas à pas les murs, on attend de voir ce qui se cache au détour d’un couloir et l’on se fait souvent surprendre façon jump scare alors que rien ne le laissait supposer sauf à être un fin esthète dans le cinéma d’épouvante.

Brillant, l’environnement sait mettre immédiatement en tension. Les zombies sont odieux tant dans leurs formes que dans leurs rages. Des adversaires très présents, trop collants qui n’hésitent pas à fondre sur le pauvre joueur qui ne s’attendait pas à un tel niveau de violence.

Gore et savoureusement dérangeant dans ses scènes très explicites peu ragoutantes, RE2 plonge ses protagonistes dans l’abomination totale. On en n’attendait pas moins pour un  challenge relevé.

Dès les premières rencontres avec les abjectes créatures, on s’étonne à se retrouver rapidement en déficit de munition pour se retrouver à fuir et économiser un armement qui fort heureusement se voit généreusement complété par la suite. Une aubaine tant les décharnés savent encaisser les balles.

Saloperies…

Mais il y a mieux et toujours plus inquiétant. Le retour de ce bon Mister X encore plus stressant que dans sa première apparition. Est-ce son look plus défini avec ce chapeau le rendant étrangement plus humain ? Ou est-ce plutôt sa façon de nous poursuivre inexorablement alors que ses pas font trembler la bâtisse et que l’on guette au son lourd sa progression.

Une idée à la base maligne, sublimée dans cette version qui fait comprendre ce qu’est un coup de chaud. Mister X aux trousses ce n’est plus de la peur, mais une haletante course savamment orchestrée.

Resident Evil 2 est le remaster attendu. Graphiquement superbe, il sait fasciner, étonner et saisit en laissant cette impression sordide tenace.

L’on pourra lui reprocher un manque de nouveautés en comparaison avec l’épisode Gamecube plus fourni avec tout le passage sur Lisa Trevor malgré la séquence de l’orphelinat. Mais ce serait fort injuste vu le travail réalisé et l’ajout en DLC gratuit de trois minis scénarios pas «piqués des vers» comme on dit avec de nouveaux personnages pour densifier l’histoire.

Capcom peut être fier. Le pari est tenu de fort belle manière et redéfinit quelque part ce que doit être un Survival Horror. Avec une telle maîtrise, l’on attend vivement que le Nemesis revienne nous hanter dans la dernière aventure dite classique, que l’on le souhaite remise au goût du jour par ces orfèvres japonais.

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Responsable Editorial Rédacteur chez Pix'n Love, Retro vers le Futur Chroniqueur dans " Les Tauliers " sur Radio JV.com

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