Trico est vivant.

Des années d’attente et voilà enfin dans nos machines l’inespéré The Last Guardian. Un jeu qui dès le premier trailer nous faisait la promesse d’une relation toute particulière entre un enfant et cette créature chimérique que l’on nomme Trico.

Le lien sera fort dès le début. La surprise de la rencontre avec une bête blessée plus craintive que belliqueuse. L’envie d’établir le contact avec elle et la soigner d’être immédiat. Trico souffre, ne sait pas ce que lui veut ce petit d’homme. Se rebiffe, se montre menaçant jusqu’à ce que les lances dans la chair lui soient retirées et les premières récompenses délicieuses offertes.

Rassuré, l’enfant l’apprivoise, le caresse. Trico n’est plus cet édifice majestueux de plumes et de poils mais un animal de compagnie. Notre animal de compagnie.

Pour celles et ceux qui sont maîtres d’un compagnon, une impression de déjà vu sera surprenante. Trico a un comportement crédible à ce point poussé qu’il rappellera ce copain félin ici, ce bon camarade canin là.

Il renifle son environnement, éternue, s’ébroue une fois mouillé, se prend de confiance soudaine ce qui vient nuancer de nombreuses méfiances alors qu’il hésite à agir.

L’enfant l’appelle, il rapplique. Mais à l’instar de nombreux animaux Trico a ses moments d’indépendance. Alors on le regarde évoluer. Se rouler par terre, se gratter la « pupuce », se coucher ou bailler. Dans ces moments, on oublie le héros à l’écran pour l’incarner intégralement.

Chaque instant passé ensemble est une réjouissance. Il faut parfois savoir se quitter quelques instants pour mieux se retrouver .

Le voir triste et pimer parce qu’il ne peut nous rejoindre est un déchirement et  force le joueur à trouver l’astuce pour lui permettre l’accès.  A titre personnel, je le câline systématiquement, pour le réconforter et quelque part moi avec. Je lui parle comme je parle à mon chat. Je l’appelle  » mon bonhomme », me demande où il est encore planqué, et m’émerveille de sa grâce un peu pataude. Et quand il se régale je réprime de dire « ch’est le bon miammiam de son papa cha ».

Je suis un peu gaga, mais il est tellement beau.

Rarement j’ai connu une telle connexion dans un jeu. Fumito Ueda l’avait déjà évoqué dans Ico avec Yorda, et Eric Chahi dans Another World avec Buddy. Le tout sans une ligne de scénario.

Un formidable pied de nez à la production actuelle souvent triple A. Où certains « grands créateurs » insistent pour de l’émotion par l’écriture, le jeu d’acteur et des enjeux soi-disant poignants,  alors qu’au final nous avons à faire à une histoire d’une rare banalité digne de téléfilms de troisième partie de soirée.

Dans The Last Guardian tout se fait naturellement, sans se forcer, sans obligation de suivre bêtement une histoire souvent mal écrite. On découvre au fur et à mesure, l’on ne devine rien ou plutôt l’on ne souhaite pas imaginer le pire là où tout est convenu et sans surprise ailleurs.

Finalement ce n’est pas le joueur qui apprivoise Trico mais bien l’inverse. On le suit aveuglément, dans un univers d’un rare onirisme où l’on redevient cet enfant plein de rêves et d’espoir qui nous incarne à l’écran…

A propos Jibé Jarraud 146 Articles
Responsable Editorial Rédacteur chez Pix'n Love, Retro vers le Futur Chroniqueur dans " Les Tauliers " sur Radio JV.com