Shantae: 1/2 Genie Hero

   3 ans ! C’est le temps qu’il aura fallu entre la fin de la campagne Kickstarter et la sortie du dernier né de la saga des Shantae. J’avais parlé, en début d’année dernière, de la version « Director’s Cut » de Risky’s Revenge : je reviens alors pour parler de cet épisode d’une magie agréable, cadeau de Noël bienvenu mais, hélas, bien trop perfectible.

   Commençons par l’évident, le plaisant et l’exceptionnel : ce jeu est tout simplement magnifique. L’argent des backers n’a pas été légèrement dépensé, et cela se ressent dès la première seconde. Les modèles en 2D vectoriels sont magnifiques, l’animation est prodigieuse, les décors fournis et colorés. En jouant au stage introductif, on ne peut s’empêcher de penser à certains grands jeux Saturn qui faisaient, plus que d’aucuns, le lien entre les 16 et les 32-bits. On pense à Astal, on pense à Rayman ; on pense à Silhouette Mirage. Quand, de plus, une chanson entonnée par Crisina Vee s’élève dans les airs, on ne peut qu’être conquis.

   Shantae: 1/2 Genie Hero est avant toute chose une surprise technique, un bonbon sucré, un roudoudou sirupeux qui rendrait même Mario jaloux. Voir Shantae danser pour se transformer qui en chauve-souris, qui en singe ou en harpie est un régal pour les mirettes, et le moindre des thèmes vous restera longtemps en tête. Je regretterai cependant pour ma part que ce style de dessin si particulier ne soit pas des plus réguliers : certains éléments de décor et certains éléments mobiles sont ainsi dans une 3D pauvrette qui jure un peu et j’aurais apprécié, comme le faisait Wario Land: Shake It!, que tout fût dessiné. On a alors là, en définitive, quelque chose d’assez proche du Duck Tales Remastered même si, bon an, mal an, le fait que les décors soient également peints rend la chose bien plus sympathique. Il faudra cependant un dernier effort pour qu’il n’y ait, ici, plus rien à reprocher.

shantae_2

   Non : encore une fois, là où je porterai mes plus vives critiques, ce sera au niveau du gameplay et de la construction du jeu. De prime abord, j’ai été agréablement surpris de voir s’afficher, en lettres de feu, le mot « Ready » en début du premier stage : il laissait augurer une aventure linéaire, à nouveau à la façon des grands jeux d’antan. Cela ne me déplaisait pas, non parce que j’apprécie davantage la ligne à la courbe – ce qui est le cas, cependant -, mais parce que l’exploration, comme je l’indiquais jadis, n’est pas le fort de WayForward et des Shantae à ce qu’il me semble. Alors, plutôt que de me perdre dans des cartes immenses et peu lisibles, plutôt que de devoir réaffronter les mêmes ennemis pour piétiner, je préfère encore un couloir étriqué certes, mais bien mieux rythmé.

   Quelque part, cette critique a été adressée : malheureusement et comme pour la question des graphismes, la chose n’est pas entièrement convaincante. Il y a, en tout et pour tout ici, six mondes : on les parcourt une première fois, généralement en tuant un boss finalement, puis l’on revient au hub. Cependant, pour atteindre le monde suivant, il faut remplir une sorte de quête annexe qui implique de revenir dans un niveau antérieur avec un nouveau pouvoir. Il ne s’agit pas, alors, d’ouvrir un nouveau passage, comme une nouvelle zone : souvent, le pouvoir permet d’ouvrir une porte verrouillée derrière laquelle se trouve un coffre, ou un personnage, qui vous donne l’objet nécessaire. Contrairement à un Metroid, ou aux grandes itérations des Castlevania depuis Symphony of the Night, le backtracking est rarement heureux dans Shantae : parfois pourra-t-on trouver un cœur d’énergie ou une transformation supplémentaire, mais rien de plus.

shantae_3

   Nous avons là comme quelque chose d’approximatif, à mi-chemin du génial mais cruellement décevant. En tant qu’aventure linéaire, Shantae déçoit car il nous oblige à revenir constamment sur nos pas pour finalement faire peu de choses : la quête des 100%, tout intéressante soit-elle, apparaît davantage comme un passage obligé que comme le plaisir de la complétion qu’elle devrait être ; et en tant que jeu de labyrinthe, Shantae déçoit également car bien trop régulier pour aiguiser notre sens de l’exploration. Les niveaux sont composés de trois zones, guère plus ; dans celles-ci, quelques chambres secrètes rapidement trouvées nous distraient rapidement ; emballé, c’est pesé, et l’aventure continue. Il n’y a pas eu, on peut le dire ainsi, d’amélioration au regard de Risky’s Revenge et c’est bien dommage : il y a toujours l’espoir d’un changement prochain, surtout que la question technique est à présent réglée, et que les assets ont été créés ; mais tant que WayForward ne développera pas de nouvelles qualités de level-design, toute entreprise sera vouée à l’échec.

   Malgré ces verrues, ces dartres qui empêcheront toujours Shantae d’être autre chose qu’un jeu « médiocre », c’est-à-dire et selon l’étymologie du terme, « vers la moyenne », je ne regrette absolument pas mes parties. Déjà, le jeu est court. Cela peut sembler étrange comme qualité, mais cela veut dire surtout qu’il a le bon goût de ne jamais tirer à la ligne, comme s’il était conscient de ses limites : en moins de dix heures, nous pouvons espérer voir le générique de fin et collecter tous les bonus. Ensuite, les morceaux de bravoure sont nombreux : l’usine de contrefaçons de sirène est une idée superbe, la course de tapis volants est très bien menée, certains boss se jouent sur une arène circulaire, à la Pandemonium!. C’est malheureux, finalement : on aurait pu avoir ici quelque chose de la trempe, mettons, d’un Rocket Knight Adventures, soit une amusette sympathique, colorée, amusante et intéressante.

shantae_4

   De ces quatre gourmandises, Shantae: 1/2 Genie Hero n’aura finalement que les trois premières. C’est bien plus, déjà, que nombre de jeux : mais c’est surtout la raison pour laquelle nous serons finalement déçus.

A propos Mathieu Goux 79 Articles
Co-Responsable de Ze Player, Rédacteur sur Grospixels.com, Animateur sur Radiojv.com.