Mighty No 9 est-il si mauvais ?

Keiji Inafune est un homme qui fait l’unanimité ; dans la détestation. S’arrogeant les créations de Mega Man et Onimusha ( sur lesquels il était graphiste et producteur), l’intéressé était déjà dans le collimateur de nombreux développeurs et joueurs. C’est surtout en critique acerbe de l’industrie du jeu vidéo japonais qu’il sera montré du doigt et largement conspué.

Il faudra toutefois lui reconnaître une franchise et un certain sens de l’honneur, puisqu’il claquera la porte de Capcom en 2010  après plus de vingt ans de service.

Mais Inafune est un opportuniste et sa reconversion de se faire au nez et à la barbe de son ancien employeur. Se moquant bien des risques potentiels, il décide donc de revenir sur le devant de la scène en proposant son Mega Man ou plutôt Mighty No 9 ; n’allons pas pousser la provoc’ plus loin.

Sorte de madeleine de Proust revisitée 3.0, la campagne Kickstarter n’a pas eu grand à atteindre la somme folle de quatre millions de dollars. De quoi réaliser une suite spirituelle de grande qualité. Sauf que…

MEGA No 9

Ne tergiversons pas. Mighty No 9 est un bête copié collé des aventures du Blue Bomber. Des professeurs gentils, des robots qui ont pété les plombs en mal de destruction, un androïde valeureux et son acolyte féminin. Une fainéantise que l’on pouvait déjà reprocher à Capcom qui s’inspirait éhontément de l’oeuvre d’Osamu Tezuka  : Tetsuwan Atom, mieux connu chez nous sous le nom d’Astro Le Petit Robot.

En conséquence, il ne faudra pas s’attendre en main à une grande révolution. Le héros Beck possède un bras canon, peut dasher et acquérir les pouvoirs des boss anéantis. Toutefois, il faut noter la possibilité du chain combo, plutôt agréable et offrant du dynamisme dans la progression. Concrètement, un ennemi groggy peut s’éliminer d’un coup de dash. Une idée intéressante et forcément plaisante pour les plus vieux adeptes du scoring.

Fidèle à la tradition Capcom des années 80-90 ( et nombre de jeux de cette époque si chère à mon coeur) , Mighty No 9 propose un challenge relevé sur base de pièges vicieux, de plateformes mouvantes, d’ennemis en pagaille et de sauts millimétrés. Les plus experts se régaleront tandis que les plus jeunes et habitués hide & recover et autres respawn, pourraient bien rapidement abandonner.

Abandon cependant communicatif même aux plus grands fans de Mega Man.

FAIRE DU VIEUX AVEC DU 9

Inafune voulait faire du Mega Man ? Il a fait du Mega Man sans surprise aucune. Navrant, car avec un nouveau héros l’on aurait apprécié quelques ajouts bien sentis. Le vol est manifeste et il pèche à convaincre. Relooker vaguement un personnage en reprenant tout ce qui l’a façonné passe mal. En grand fainéants qu’ils sont, Inafune et les studios Comcept, Inti Creates, n’ont jamais su sublimer la recette. Dans Mighty No 9 tout sans le réchauffé quand le met n’attache pas au plat.

Pire, il est techniquement impardonnable. Si le design des personnages n’est qu’affaire de goût, difficile de ne pas pester sur l’enrobage général. Volumes grossiers, sans finesse, explosions carrément ratées pour des décors d’une pauvreté incompréhensible en 2016.
Des environnements d’usines en veux tu en voilà alors que le premier stage hommage à Mega Man X, augurait du meilleur.

Plus malheureux, les nombreux ralentissements et saccades. Avec le peu qu’il y a à l’écran, c’est à se demander le bien fondé de ce projet. Volonté réelle de faire un jeu ou rentrée d’argent facile?

A croire que dans les quatre millions de dollars, seule une petite partie à servi au développement, permettant à l’équipe de se gaver avec le reste.

L’ire des backers est forte, la critique de la presse sans précédent et Hideki Kamiya ex Capcom et ex collègue du responsable de cet échec de qualifier le jeu d’insulte.

Et Keiji Inafune de répondre à la polémique par un laconique  » C’est mieux que rien « .

Une attente forte, des retards à répétition, des promesses non honorées et Mighty No 9 d’être mis au pilori. Un jugement dur qu’il faudrait néanmoins modérer.

Qu’attendions-nous de Mighty No 9 sinon un clone de Mega Man. A ce niveau là, difficile de prendre son producteur en défaut. On peut lui reprocher bien des choses, son manque de créativité et de prises de risques, mais force est de constater que nous n’avons ni plus ni moins qu’un Mega Man à la direction artistique discutable et à la technique plus que reprochable. Pour autant, le jeu reste plaisant une fois ses lacunes mises de côté.

Je me suis même surpris  – et ce grâce aux chains combo –  à esquisser quelques sourires de satisfaction.

Mighty No 9 est décevant ; de là à dire qu’il est mauvais…

En vérité, après plus de vingt épisodes sans compter les spin-off, la formule du jeu de Capcom n’est peut-être plus aussi pertinente que de par le passé. Et à moins d’être un fan invétéré et forcément un peu aveugle ( l’amour que voulez vous ), difficile de se satisfaire d’un énième épisode qui n’arrivera plus à étonner qui que ce soit.

S’il s’était appelé Mega Man et estampillé Capcom, certainement que les critique auraient été plus douces et Kamiya de rester dans son coin : L’on ne connaît pas les relations entre les deux hommes. Mieux ne vaut pas se baser sur de vieilles querelles.

Mighty No 9 reste un jeu moyen mais agréable, qui offre quelques ( trop rares) fulgurances  le rendant parfois efficace. Si ce voleur fainéant  d’Inafune n’en a pris aucun, vous pouvez prendre le risque de vous y essayer, surtout qu’il est vendu  à bas prix en version boîte.

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Responsable Editorial Rédacteur chez Pix'n Love, Retro vers le Futur Chroniqueur dans " Les Tauliers " sur Radio JV.com

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