Xenoblade Chronicles X : Pour les terminer tous…

   Si j’arrive après la bataille, c’est bien parce qu’il faut un chroniqueur : et parler, ce jour, de Xenoblade Chronicles X relève de la gageure.  De la gageure, car je n’en dirais rien de neuf : mais le verbaliser ne serait-ce, n’est-ce pas produire, de facto, du neuf ?

   Xenoblade, premier du nom, a été pour moi l’un des plus grands jeux de la Wii, son plus grand peut-être. J’ai aimé me perdre dans les méandres de son univers, goûter à son histoire convenue mais qui sait pourtant, chemin faisant, rire de ses travers et de ses stéréotypes ; j’ai aimé son système de combat, d’une complexité agréable et intéressante, son bestiaire et son rythme, tout simplement.

   XCX, soyons bref, fait tout cela en plus beau, en plus grand, en plus haut, et y ajoute même des mechas. Sincèrement, je ne sais quoi en dire de plus : si j’étais objectif, je dirais volontiers que le seul grief que je puis lui trouver, c’est la musique des thèmes de combat, un peu déplacée. Ce genre de j-pop surprend la première fois, et on ne s’y fait jamais totalement.

   Malheureusement, je ne suis pas objectif… Et en toute subjectivité, l’ensemble m’a laissé un petit goût amer malgré lui.

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   J’ai comme l’impression que c’est là un running gag me concernant. Que ce soit pour Portal 2Rayman Legends ou pour Super Mario 3D World, je suis particulièrement sensible à l’équilibre des choses, à leur intelligence, à la juste mesure. Uti, non abuti : le baroque et le rococo ont des charmes certains à la surface, Bayonetta ou Diablo III le prouvent bien, mais en matière de jeu, je ne trouve guère intéressant de tout embrasser et de mal étreindre.

   Il en va de XCX comme de L’Œuvre de Zola : à vouloir tout faire, tout prendre, tout dire, on finit par ne plus y voir qu’un pied barbouillé, et l’ombre du peintre – pendu ! Voilà un jeu qui se pique d’être, tout à la fois, un action-RPG, un MMORPG, un tactical, un jeu d’exploration, de gestions de ville… J’en oublie, cela me perd et me fatigue à chaque fois tant je ne sais pas quoi faire et par quel bout le prendre.

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   XCX fait tout, mais ne soyons pas mauvaise langue, il fait tout fort bien : mais sans doute parce qu’il se dilue et part dans de (trop) nombreuses directions, j’ai eu du mal à me passionner pour le moindre de ses aspects. Il y a bien aussi là, je pense, quelque chose du côté de son style et de sa forme, la rondeur du premier épisode laissant volontiers sa place à quelque chose de plus anguleux et de bien plus sérieux, mais je l’attribue davantage à cette immensité que l’on me propose.

   Si j’osais, si je devais dire, je dirais étrangement que le jeu réussit le mieux là où il fait peu d’efforts, et s’égare quand il essaie, à la façon d’un de ces génies naturels qui, pour dissimuler leur facilité, brasse l’air tout autour d’eux dans l’espoir, souvent déçu, de donner le change. XCX est grand dans ses environnements démesurés que la console nous offre sans broncher et contre toute attente ; dans la façon que ces mastodontes, monstres à la force tranquille, ont de nous éviter tandis que l’on se croit souris entre les pattes d’un éléphant ; dans la peur de croiser, chemin faisant, un autre plus belliqueux qui nous pourchassera sans relâche.

   De l’autre côté, XCX ennuie par ses menus complets, arborescents mais imbitables, dans lequel on ne parvient pas à se retrouver ; par son histoire illisible et bien trop compliquée, alambiquée pour émoustiller, au point que je me surpris à passer toutes les cinématiques pour me concentrer sur l’essentiel, le comble pour un jeu de rôle ; par ses nuances de gameplay trop nombreuses pour être compréhensibles, et qui m’a fait préférer le grinding et le button-smashing bête et méchant à la planification intelligente et raisonnable.

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   Objectivement, Xenoblade Chronicles X est un grand jeu ; subjectivement, je ne suis pas sûr de le considérer comme tel. Il semble y avoir, ces derniers temps, une tendance dans le jeu vidéo, celle de considérer les parties avant leur somme, comme si l’on devait nécessairement se plier à ces tests que l’on trouve encore partout et qui dissèquent, façon docteur Tulp, chaque élément afin d’extraire une note censée représenter l’osmazone du jeu.

   Il ne m’a pas ennuyé, mais il ne m’a pas plus transporté : et il est dommage de se dire qu’au bout du bout, tous ces efforts de développement, de programmation, toutes ces bonnes idées, toutes ces grandes musiques et ces beautés graphiques, n’ont jamais, ou alors très ponctuellement, provoqué en moi autre chose qu’un haussement de sourcils.

    Bah… On dira que je deviens un vieux con : je suis sans doute passé à côté de ce jeu, alors que je l’aurais adoré il y a quelques années. Qui sait ? J’y reviendrai peut-être, il n’y a guère que les imbéciles qui ne changent pas d’avis.

   Mathieu

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Co-Responsable de Ze Player, Rédacteur sur Grospixels.com, Animateur sur Radiojv.com.

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