Undertale : L’Histoire du dessous

   Si j’osais, je ferais bien volontiers ici un coup à la NoFrag, lorsqu’ils testèrent Bioshock 2, et je recopierais bien ad lib « Undertale est le meilleur jeu de l’année 2015″. Je ne le ferai pas, car je vous dois bien mieux : mais vous êtes prévenus, ce sera là ma conclusion.

   L’on pourra penser ce que l’on voudra de Youtube et des let’s players, mais sans eux, je n’aurais peut-être jamais entendu parler d’Undertale. Mon temps, effectivement, se fait rare : les ceux-ces qui me suivaient ici ne s’étonnent plus de mon absence de ces colonnes, ils ont sans doute déjà fait leur deuil. Qu’ils se rassurent, je suis encore vivant, mais loin et occupé : et je n’ai plus de loisirs que de distractions entre deux travaux importants, et les vidéos du célèbre site de m’occuper les oreilles et les yeux, parfois, quand je m’embesogne ici et là. Rien de neuf sous le soleil : l’arpète écoutait bien la radio et le repasseur la télévision, le jeune trentenaire ne quitte plus sur son ordinateur et cela est bon.

   Et là alors, récemment, un duo connu et barbu – les connaisseurs connaîtront, comme on dit – de s’essayer à Undertale et moi de trouver le concept intéressant, grand fan d’Earthbound puis-je être. Je ne saurai dire précisément quel morceau du jeu je vis alors pour la première fois, un peu de l’introduction peut-être, mais il y avait là quelque chose qui me fascina et dans les graphismes, simples, colorés et pourtant expressifs, et dans l’écriture, d’une grande tendresse et d’une grande sensibilité. La meilleure image que je puis donner, je la vole à l’un de ces vidéastes : c’est comme si le développeur tendait les bras en-dehors de notre écran pour nous câliner, nous caresser tendrement les cheveux et nous murmurer un mot doux.

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   De la douceur, c’est bien de ça dont il s’agit. Nous avons l’habitude d’ordinaire, dans nos jeux vidéo, d’être excité, apeuré, aventuré, étonné : mais de la douceur, il en est rarement question. Trop souvent, ceux qui s’y essaient tombent dans la mièvrerie et le bonbon, le facile et l’écœurant : que l’on songe un peu à tous ces films qui tentent, sans succès souvent, de copier Disney et son univers ou encore à toutes ces séries pour les tout jeunes qui abrutissent sans occuper.

   Undertale évite soigneusement cet écueil, mais malheureusement je ne puis vous en dire davantage : en parler peu c’est déjà en dire trop, et rarement ai-je vu un jeu, une œuvre – on peut aller jusque là, je pense – marier aussi intelligemment son histoire, son gameplay et son support. Il y aurait bien, ici, un peu de post-modernisme mais d’une façon infiniment plus assurée, et ludique, que Tale of Tales (et ce que l’on prenne autant The Path que Bientôt l’été) ou même, il me semble, que Braid. Malgré l’amour que je peux porter à ces jeux (avec, bien entendu, une grosse réserve sur Bientôt l’été comme je l’expliquais alors), force est de reconnaître qu’ils avaient du mal à se départir d’une posture que d’aucuns trouvaient suffisante. Undertale, par sa gentillesse et son intelligence, les choses n’étant pas incompatibles comme on le sait, apparaît incroyablement sincère dans sa démarche.

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   Entre la parodie ou le pastiche, plutôt, de la série Mother, le discours réflexif sur le jeu vidéo et la leçon de choses, Undertale de Toby Fox est un jeu monstrueusement complet. Les graphismes, volontairement brouillons parfois – encore qu’il ne s’agit que d’une façade, destinée à éloigner les curieux tant les animations sont riches et les détails nombreux – sont d’une clarté et d’une élégance que l’on ne croyait appartenir qu’à Miyamoto ou à Itoi ; les musiques sont d’une profondeur inégalée, se répondent de composition en composition et certaines comptent à présent parmi mes favorites ; quant au gameplay, qui consiste à épargner davantage ses ennemis qu’à les tuer – bien qu’ici, cela soit laissé à discrétion du joueur -, il ne cesse de surprendre et le jeu finit par avoir, en trois ou cinq heures, bien plus d’idées de génie que d’autres en 20, 30 ou 40.

   Je vous l’avais annoncé : Undertale est, pour moi, le meilleur jeu de l’année 2015. C’est une beauté, un miracle, un chef d’œuvre. C’est drôle, c’est émouvant, c’est intéressant, c’est excitant, c’est doux, c’est grand. C’est le jeu vidéo, en un mot ; et lorsque reviendra ce débat, cette tarte à la crème de l’artistique dans le média, que l’on cite Toby Fox, que l’on cite Undertale : non qu’il ait entièrement raison, mais il a sans doute bien moins tort que tous les autres.

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A propos Mathieu Goux 81 Articles
Co-Responsable de Ze Player, Rédacteur sur Grospixels.com, Animateur sur Radiojv.com.