Mirror of défaite

   Attentiste. Attitude raisonnable à adopter quand on a su que Mercury Steam, studio espagnol à qui Konami a confié une de ses licences phares, avait commencé le développement de cet épisode 3DS sur une base 2D.

   Dubitatif même vu qu’il reprend le contexte de Lords Of Shadow, titre controversé et vu comme trahison à la saga, tout en étant l’une des rares belles entreprises de la transposition des tribulations des chasseurs de vampires en 3D. Une gageure véritable dont le studio à su se défaire, bien qu’il ait repris les bases du beat them up sans grande saveur, calquant les effets de styles sur God Of War, à la différence d’un enrobage plus en adéquation avec les codes gothiques médiévaux.

   Lords Of Shadow a donc créé plusieurs césures entre les fans. Ceux qui ne voient que par le côté castle/troid initié par Symphony Of The Night en 1997, les autres qui regrettent l’aspect plus action basique originelle en 2D sans labyrinthe et allers retours, enfin les plus perméables à l’environnement 3D, voyant comme nécessaire l’évolution vers les joutes bestiales.

Souhaitant réunir tout ce petit monde décidément en froid, ce bons ibères annonçaient à qui voulait bien l’entendre que Mirror Of Fate serait le trait d’union qui contentera tout le monde.

   Toujours se méfier des belles promesses…

   En substance, ce Castlevania est bel et bien le creuset annoncé. C’est en 2D, c’est labyrinthique, c’est beat them up. Dommage que le résultat soit bancal.

   Entendons nous bien. Il n’est pas là question de mettre au pilori l’équipe de développeurs qui a réalisé un produit d’une qualité plutôt honorable. A commencer par une ligne scénaristique plutôt intéressante, bien que foutraque vu qu’elle va encore modifier la timeline de la saga. Digne d’un soap opéra, on campera donc tour à tour ( ATTENTION SPOIL ), Gabriel Belmont qui deviendra Dracula, qui aura comme fils Trévor dont la progéniture Simon voudra venger la mort. Ajoutons à ce drame familial Alucard fils de Dracula, qui est par définition demi frère de Trévor ( A moins que…) et Oncle de Simon, et l’on obtient une interprétation plausible.

   Un bon point, si l’on accepte de voir la saga Lords Of Shadow comme à part entière et ne faisant pas partie du canon de la chronologie japonaise, sans quoi les aberrations seront nombreuses.

   Les choses se gâtent pourtant une fois le jeu commencé. Amateurs du Castlevania 2D classique, cette itération va vous gâcher le plaisir en moins de temps qu’il ne me faut pour vous l’écrire. S’il est de coutume de donner un coup voire trois à quatre pour occire un ennemi, Mercury Steam a eu la mauvaise idée de reprendre le gameplay de Lords Of Shadow sur un plan horizontal.

   Ainsi l’on se voit s’échiner sur plusieurs ennemis en même temps qui attaquent des deux côtés. Parades, roulades, esquives, nous sommes bien en présence d’un God Of War dont l’impossibilité de se déplacer autrement que latéralement rend le jeu d’une rare coercition.

  Et vas y que je martelle le bouton. Ah le salaud il peut se protéger ! De quoi deux autres m’attaquent par derrière? Pénible, répétitif et vain.

N’oublions pas non plus les éternels QTE qui ne servent à rien. Donner du dynamisme? Mieux vallait se concentrer sur le gameplay.

   Alors on essaye de se consoler avec les décors plutôt jolis et assez fidèles à ce qu’est un Castlevania. On se prend  à rêver d’une ambiance remarquable, celle des temps passés. Raté. Là encore l’équipe espagnole refait du Lords Of Shadow. Les thèmes musicaux sont peu nombreux, et s’ils sont assez réussis, difficile cependant de s’émerveiller à l’écoute de compositions à ce point convenues quelles rappellent celles des films Seigneur Des Anneaux ou plus regrettable God Of War.

   Une identité en berne, alors que les musiques des épisodes 2D restent encore dans les mémoires. Jamais épiques ou émouvantes, le tout est fait façon blockbuster sans saveur. Propre et fade.

   On peste, et on se dit que l’on va retrouver Alucard, ce damphire androdyne magnifique, d’une classe folle dont la première incarnation assez ridicule dans le troisième épisode fut sublimée dans Symphony Of The Night…

Abdominé, le torse nu saillant, difficile de reconnaître l’individu précieux. Plus choquant, il est armé du fouet vampire killer. Et même si le scénario l’explique, ce choix reste incompréhensible. De fait on se rassure comme on peut. Après tout cette apparition du personnage se fait bien avant sa rencontre avec Richter. Rappelons aussi que dans le troisième épisode il n’était pas aussi élégant. Pourquoi pas…

   Mais voilà, de mauvaises surprises en déception, il devient difficile de se passionner pour cette nouvelle aventure. Ennuyeuse, peu novatrice dans ses phases de plate forme, l’envie de fouiller le dédale dans sa totalité ne vient jamais;  les objectifs étant clairement notifiés sur la carte.

   Au final, l’on obtient un titre insipide, bourré de défauts et d’une telle pénibilité que l’on préférera l’oublier plutôt que de le reprendre une fois terminé. Un comble quand on connaît la rejouabilité de nombreux épisodes.

Et pourtant, il ne faut pas jeter l’opprobre à Mercury Steam car le jeu est loin d’être mauvais. On sourira devant les clins d’oeils aux anciens épisodes, qu’il s’agisse de s’accrocher avec le fouet, comme les attaques de Dracula. 

   Juste qu’il ne remplit pas le contrat. Maigre consolation.

   Il est grand temps que Konami redonne la licence à KCET, car vu cette nouvelle direction il est évident que Castlevania a perdu de son sel. Et ce n’est pas l’arrivée prochaine de Lords Of Shadow II, puissant blockbuster comme on sait les honnir, qui nous fera dire le contraire.

  Jibé

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Responsable Editorial Rédacteur chez Pix'n Love, Retro vers le Futur Chroniqueur dans " Les Tauliers " sur Radio JV.com

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