Yace (2) : Rendez-nous F-Zero !

L’actualité Mario est fournie en cette période.

 
Le plombier moustachu reprend du service en tant qu’explorateur de plates-formes mais également comme pilote de kart. L’histoire se répète : les actuels trentenaires se souviendront peut-être qu’en 1992, Nintendo avait également fait un joli doublé pour les fêtes de fin d’année avec les sorties rapprochées du premier Mario Kart sur Super NES ainsi que la suite tant attendue de Super MarioLand sur Game Boy.

Car il s’agit bien d’histoire, et hélas celle-ci peut se montrer injuste par moments…

Aujourd’hui, Nintendo commet une flagrante injustice en laissant doucement disparaître une série qui pourtant est devenue avec la chronologie tout aussi incontournable que les Super Mario Kart suscités : je veux causer de F-Zero.

Oui, F-Zero, le plus speed, le plus ébouriffant, le plus « science-fiction » de tous les jeux de course !

 

Parmi les premiers jeux à sortir sur sa 16 bits, F-Zero premier du nom a obligatoirement laissé des milliers de bouches bées tant son aura de gloire était immédiate. Promoteur des qualités nouvelles de la Super Nintendo, zoom et surtout le fameux mode 7, capable d’apporter une dimension visuelle nouvelle.

Identité même de la Super Nintendo qui n’avait pas attendu le Super FX pour nous en mettre plein les yeux, F-Zero brillait par sa célérité qui renvoyait les autres jeux du genre à des années-lumière derrière lui, ainsi que par son scénario marginal, constitué de courses organisées par de véreux hommes de l’ombre qui pour leur plaisir et leurs paris faisaient concourir des repris de justice…

 

Seule ombre au tableau, le défaut il est vrai assez étonnant d’un manque de mode deux joueurs. Mais aussi frustrant que fut ce défaut , F-Zero obtint son statut de jeu mythique. Statut conforté par la naissance d’une véritable saga culte pour amateurs de vitesse et techniciens du circuit. Ah mes aïeux, quel panard c’était , ces bolides qui atteignaient des vitesses encore jamais vues ni même simplement imaginées dans un jeu de course !

Et comment oublier l’environnement sonore du jeu…Ces thèmes passés dans l’inconscient collectif des joueurs de Super Nintendo, tels Mute City, Big Blue, Port Town…A ce point mémorables qu’aujourd’hui encore ils sont dans toutes les mémoires, sans que l’on sache réellement si la musique vient du jeu ou si le jeu vient de la musique…Avec du recul, je suis assez amusé de constater que durant ces vieilles années, c’était la Neo-Geo de SNK qui brillait comme « la Rolls des consoles », alors que c’était bel et bien sur une machine plus modeste que tournait F-Zero.

Hormis la NES et la Game Boy qui pour d’évidentes raisons de chronologie et de capacité n’eurent pas leur volet, chaque support suivant de Nintendo sera honoré de son ou ses opus de F-Zero, ainsi la N64, la GBA, la Game Cube avec un épisode GX absolument apothéotique et tout en démesure.

 

Ce F-Zero GX, qui ne laissait rien au hasard et brillait par un apprentissage très exigeant, demeure aujourd’hui encore une véritable référence.

Peu de jeux ont su conjuguer avec tant de brio exigence technique et fun immédiat, notamment dans les parties à quatre joueurs…Depuis Goldeneye sur Nintendo 64, jamais jouer à quatre n’avait été si grisant. F-Zero GX était également une superbe revanche de la série sur Super Mario Kart, jusque là représentant officiel du dévergondage à plusieurs made in Nintendo. Cette surenchère ludique n’avait de plus aucunement comme effet de faire oublier les bases posées par le patriarche de 1990. Car telles sont les grandes séries : aucun volet ne peut faire oublier les autres épisodes, fussent-ils bien plus vieux ou bien moins techniques !

Aujourd’hui, Nintendo a de manière assez incompréhensible raté par deux fois le rendez-vous de la compétition F-Zero, sur DS et Wii. Les générations de consoles de chez Big N. ont toutes été servies par un battage important autour de leurs nouveautés techniques, la Nintendo 64 étant même baptisée d’après la taille de son processeur, quatre fois celui de la Super NES ! Et quoi de mieux qu’un nouveau jeu-témoin pour illustrer la démesure du nouveau support ?

 

L’exemple de 1990 avec un F-Zero qui prouvait de fabuleuses aptitudes de hardware n’était-il pas assez concluant ? Certes, l’histoire ludique a montré à de nombreuses reprises que bien souvent, une idée simple suffisait à faire un grand jeu, que ce soit emboîter des formes de quatre carrés chacune ou simplement empêcher des sprites de toucher une ligne au bas de l’écran. Mais quand, au delà de l’idée fédératrice, le concept de jeu est servi par une débauche d’effets techniques augurant du progrès des supports, et que ledit progrès est aussi superbement lié au plaisir ludique immédiat qu’il suscite, qu’obtient-on ?

 

Un must du jeu vidéo. Et quand les musts du jeu vidéo font partie du line up d’une nouvelle console, il y a fort à parier que se profile un avenir empreint d’aura de légende pour le support et le jeu.

Messieurs de Nintendo, pourquoi ainsi laisser sur le carreau ceux qui rêvent aujourd’hui de pointes à Mach 1 sur de nouveaux circuits ? Devons-nous en conclure que vous avez jugé F-Zero GX comme un sommet indépassable ?

 

Il n’est jamais concevable de savourer sur le moment la naissance d’un mythe, celle-ci n’étant révélée qu’au prix d’une parfois longue chronologie…Mais hélas il est plus que possible de ressentir le dépit de l’agonie ou même de la mort d’une série de légende… Perplexité et même amertume de voir la défaillance du tournoi F-Zero sur DS et Wii, surtout quand on sait qu’un épisode avait été prévu pour le Virtual Boy et que seul le cuisant revers de cet engin fut la cause de l’annulation du projet.

 
Le défaut d’un nouveau F-Zero sur ces deux consoles est-il le signe d’un fin inavouée de le création made in Nintendo ? Est-ce à dire que nous assistons à un changement de philosophie, allant d’une préservation de cette série qui, actualisée et enrichie au fur et à mesure des avancées techniques de son éditeur, à un oubli de sinistre aloi, du au sacrifice de la série sur l’autel plus rentable d’un nouveau genre de jeu ?

 

Nouveau genre de jeu négligeant l’apprentissage technique et assidu, devenu avec le temps l’apanage indéniable de tout pilote en herbe, pour une prise en main plus immédiate afin de contenter un public demandeur de sensations fortes mais peu désireux de se plier à la discipline imposée par le jeu, comme nous l’imposait F-Zero, de ses débuts de 1990 à son zénith sur Nintendo GameCube.

Pourquoi, ô grandes divinités du jeu vidéo ? Pourquoi faut-il que l’évolution de ce média se fasse ainsi, avec la triste impression de devoir par un mouvement naturel, inexorable et irrépressible, abandonner une grande partie de ceux qui ont vécu et donc à leur façon participé à son émergence ? En délaissant de pareille façon ce qui pourtant est une série culte de votre catalogue, aux même titre que Super Mario, Zelda, Metroid, c’est tout un pan de vos joueurs qui se voit bafoué.

L’absence de F-Zero depuis la Game Cube est une véritable gifle à tous ceux qui vénèrent le noble éditeur qui incarnait à force de série mythiques et de consoles puissantes l’industrie complète du jeu vidéo ! A chaque nouveau support Nintendo son Mario, son opus de Zelda…mais ô combien de joueurs seraient stupéfaits de ne voir arriver à nouveau des aventures de Link sur une nouvelle console Nintendo ? Bien comparable est mon dépit de ne pouvoir retrouver bolides et circuits démentiels sur les dernières machines.

 

 

Peut-on espérer une résurgence sur 3DS ou même sur l’annoncée Wii-U ? Ou doit-on déplorer que Nintendo à l’image d’un Cronos, ne se prépare à dévorer ses enfants l’un après l’autre, et que F-Zero soit une des victimes de cette auto-destruction pour que le criminel géniteur puisse se mieux fourvoyer à coup de Wii-Sports, Wii-Fit et autres Nintendogs+Cats et Wii-Music ?

Foutrebleu…Dans l’attente d’une réponse qui, j’en ai bien peur, ne sera donnée que par le temps lui-même, je retourne sur le bitume de Mute City me refaire une cure de jouvence et ainsi, replonger dans les temps anciens où le jeu vidéo apparaissait comme pourvoyeur de merveilles présentes et futures…et d’oublier notre époque qui hélas ne produit plus d’effet similaire et laisse ainsi dépérir les mythes au nom d’une appréhension nouvelle de ce loisir.
Appréhension nouvelle que je ne pourrai cautionner tant qu’il me restera un soupçon de mémoire et disons-le, de reconnaissance pour l’époque révolue de mes premiers émois, si inoubliables que près de 20 ans après, ils n’ont jamais été aussi actuels et proches.

 

Yace

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Co-Responsable de Ze Player, Rédacteur sur Grospixels.com, Animateur sur Radiojv.com.

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