Kay is dead, baby, Kay is dead

   Suda 51 est un fieffé farceur. Il fait croire à qui veut bien l’entendre qu’il est développeur de jeu vidéo. Quel gredin ! Il s’est juste trompé de moyen d’expression, car c’est derrière une caméra qu’il serait meilleur.

   Alors non, vous ne m’aurez pas. Vous connaissez mon amour indéfectible pour Christophe Balestra et David Cage, ces concepteurs émérites qui font de ce loisir du cinéma interactif, que je conchie régulièrement dans les colonnes de Ze Player. Et non, l’ami japonais n’a rien à voir avec ses collègues occidentaux, car il intègre le septième art au jeu vidéo tout en conservant ce qu’il doit être : un amusement.

   Et force est de constater que le plus punk des développeurs a une passion féroce pour celui-ci. Il suffit de s’essayer à Killer 7, No More Heroes, Lollipop Chainsaw ou Killer Is Dead justement pour se rendre compte de toutes les influences du cinéma. Souvent branchées Tarantino, celles-ci tendent également vers David Lynch ou le manga. Pop Culture à fonds de cale, croisement improbable entre Captain America et Jacques Demy saupoudré de Vadim.
Un creuset fort appréciable.

   Pourtant Suda 51 a un problème. Aussi généreux ses jeux soient-ils, difficile de leur trouver autre chose qu’une franche sympathie, et Killer Is Dead d’en pâtir.

 

   Tout commençait plutôt bien. Une esthétique très particulière, reprenant celle de l’étrange Killer 7, un assassin metrosexuel aussi classe que froid appelé Mondo Zappa (comme Franck), qui doit, pour le compte d’une drôle d’organisation, débarrasser le monde de grands salopards tout aussi cruels que lui.
En substance, ça va défourailler sévère pour rester trivial. Pour se faire, Mondo est armé d’un Katana et d’un bras robot, rappelant celui de Cobra. Agile et précis, contrôler ce spadassin dandy se fait avec plaisir. On esquive, frappe, et l’on exécute dans un délire graphique saisissant. Nous sommes en terrain connu, la touche nippone est belle et bien au rendez-vous, on s’amuse et puis…

   Et puis plus grand chose. Passée la première mission, on retourne au bureau pour en choisir une nouvelle et c’est reparti. Une impression de redite se fait immédiatement sentir. Alors on s’accroche, l’on veut pousser toujours plus loin et rentrer dans la folie de son créateur. Il n’est pas possible qu’avec une telle bande son absolument remarquable, des boss magiques et des environnement à ce point fantasques que le jeu ne soit pas bon.
En tout état de cause il est loin d’être mauvais, mais diantre, quel emmerdement. Comme dit pour
GOW Ascension, les beat them all actuels ont un grave problème de cohérence de gameplay et n’arrivent aucunement à accrocher le joueur. Pour KID la donne varie un peu, et ce grâce à son maelström d’influences, son scénario foutraque peu inspiré mais au final plaisant, et des missions annexes de drague totalement décalées mais qui donnent ce charme à l’ensemble.

   Un jeu véritable jeu de dudes, avec du sang, du rock et des gonzesses aux gros seins.

 

   Mais cela ne suffit pas : hommage aux films de série B, KID surprend plus visuellement que ludiquement. Suda 51 reprend ses vieilles recettes et tente par un habile habillage de nous faire croire que c’est du tout nouveau-tout beau.
Habillage, justement ; celui-ci est magistral, malgré des soucis techniques évidents. Ce qui fait penser que l’homme très créatif ferait mieux de se tourner vers la réalisation. Même s’il respecte les codes mêmes du jeu vidéo dans ses productions, il serait intéressant de voir ce qu’un esprit malade pourrait nous offrir.

   L’esthète saura apprécier Killer Is Dead à sa juste valeur. Barré, souvent malhabile mais tellement épatant, il démontre que le jeu vidéo, quand intelligemment fait, peut se rapprocher quelque part de l’art tout en conservant son intégrité. Largement dispensable pour le commun des mortels, il reste pourtant absolument nécessaire pour les ceux-ce qui dépasseront la gageure coercitive proposée.

   Comme souvent avec Suda 51, la vérité est systématiquement ailleurs…

 

   Jibé  

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Responsable Editorial Rédacteur chez Pix'n Love, Retro vers le Futur Chroniqueur dans " Les Tauliers " sur Radio JV.com

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