Yace (I) : la fin du filon

Aujourd’hui, il est difficile de ne pas trouver un test quand on en cherche un.

Lointains sont désormais les temps où l’on se rapportait à la prose des mensuels de jeux vidéo ; mensuels qui aujourd’hui souffrent un état de musellement critique assez intolérable car servant plus de façades promotionnelles que de réelles œuvres de présentation par des joueurs pour des joueurs…Eh bien rassurez-vous, le développement de la vidéo sur la toile vient réparer ce triste état de choses avec ce qui est aujourd’hui un filon manifeste : la vidéo-critique ludique, par un joueur pour des joueurs. Dès lors, de premières vidéos encore hésitantes sont apparues, mais avaient au moins ce mérite : elles se focalisaient sur un titre et présentaient un jeu pour ce qu’il était.

Cependant, une évolution bien particulière de ce média changea ces vidéo-tests en un nouveau genre de spectacle en ligne, qui inaugura un véritable changement de substance : désormais, ces vidéo-tests se muent en une espèce de sitcom, qui à grands renforts d’idées scénaristiques, ont pour conséquence certes de donner une consistance nouvelle à ces productions.

L’effet pervers ou double effet Kiss Cool est qu’en contrepartie, ces vidéos-tests intègrent dorénavant une série, série articulée autour de la personnalité même de leur animateur ou plutôt de leur(s) acteur(s).Joli coup pour une idée initialement dédiée à la présentation de ce loisir. Et première perte de substance : à présent nous n’avons plus affaire à des présentations de jeux, mais à des « personnalités de l’Internet » pour reprendre la terminologie de Wikipédia qui, aux agrès de leur bon vouloir, nous livrent des numéros plus ou moins clownesques sur des titres de leur sélection.L’Internet n’étant guère à l’abri de la « peopolisation » qui frappe le jeu vidéo à l’heure actuelle, ces « stars » du web en viennent à finalement plus capitaliser sur leur notoriété ainsi que leur sens de la mise en scène pour assurer leur audience, au détriment du jeu qui est, si je ne m’abuse, la raison première de leur activité.

Si je ne m’abuse ? Si, je m’abuse.Ne soyons pas trop hargneux. Certains ont réussi, au delà de l’inexorable capitalisation sur leur nom, à nous offrir des vidéos de qualité alliant avec brio humour, narration et sens critique. Parmi eux, les pionniers que sont James « AVGN » Rolfe – déjà nanti d’un solide bagage en matière de réalisation- et Doug « Nostalgia Critic » Walker, qui au delà de leurs domaines respectifs, ont poussé le jeu jusqu’à simuler une véritable rivalité online afin tout à la fois de donner dans l’autodérision et de se mutuellement faire connaître.

Ces initiateurs ont donc réussi un pari pourtant pas gagné d’avance, celui d’allier spectacle et analyse, en imposant un style parfois outrancier censé participer à l’éclosion de leurs personnalités.ET que croyez-vous qu’il arriva ? A la manière de tous ces éditeurs qui s’engouffrèrent dans le jeu de combat en VS après le succès de Street Fighter II, de nouveaux vidéo-testeurs tentèrent leur chance et se jetèrent dans l’aventure.

Et ainsi, cette initiative destinée si je ne m’abuse à nouveau à faire découvrir d’anciens titres à des joueurs plus jeunes et parfois de réveiller la douce nostalgie qui sommeille en nous, se changea en eau de boudin.

On ne compte plus tous ceux qui, ayant pour simple aptitude la connaissance parfaite de l’usage de webcams, ont au nom de je ne sais trop quelle divine illumination pris la décision de s’instituer testeurs de jeux vidéo. Et pour compenser ce défaut de connaissance ludique, mettent le paquet sur l’enrobage et le remplissage plus ou moins original de leurs films, accentuant par là même l’aspect « sitcom à l’américaine » de leurs tests.

Et Chris Bores « The Irate Gamer » de copier James Rolfe sans vergogne. Cela rappelle quelqu’un d’autre vers chez nous… Messieurs, un test de jeu vidéo, fût-il bon, fût-il mauvais, est avant tout un travail. Et un travail sérieux fait d’analyse et d’objectivité.

Objectivité contre laquelle une part d’entre ces testeurs plus ou moins guignolesques a trouvé une échappatoire en ne chroniquant que des jeux reconnus comme piètres. Disséquer un jeu de mauvais aloi au son d’une musique tordue , que voilà également un excellent moyen d’assurer la pérennité de cette culture du retrogaming à notre époque de jeux dématérialisés et de DLC en veux-tu en voilà…

Présenter un jeu en le faisant passer au second plan derrière tout un emballage vidéo, de plus ne présenter que de piteux ratages, le tout agrémenté de plusieurs démonstrations d’hostilité et diverses clowneries destructrices…participe à tout sauf à une présentation sérieuse de ce que fut la mémoire ludique, je le martèle en tant que grand admirateur de la période dite de « l’âge d’or » des consoles 8-16 bits, parmi lesquelles ces Philistins et autres Sycophantes du Net choisissent leurs proies, tous fiers de leur récente starification et de leur statut de Gardiens du Temple de ce que dont les bons jeux -c’est à dire ceux qu’ils se refusent pour la plupart à chroniquer.

Les abysses étant atteintes par ces testeurs se contentant d’une voix morne d’asséner généralités et platitudes sur des jeux dont leur ignorance est plus que manifeste. Demanderait-on à un candidat de la Star Academy de s’ériger critique littéraire, à la manière d’une sinistre bande à Ruquier donnant des leçons de construction lexicale à Salman Rushdie lors d’un numéro de la guère regrettée émission On a tout essayé ?

Le retrogaming est bien plus qu’un simple passe-temps pour amateurs de renommée sur Internet, c’est une histoire, une véritable histoire de l’art en pixels dont certains représentants ont désormais atteint un statut d’icône culturelle. Prendrait-on au sérieux un amateur de comédies graveleuses façon American Pie au sérieux, s’il lui venait en tête de critiquer l’Atalante de Jean Vigo, La Règle du Jeu de Jean Renoir ou Citizen Kane d’Orson Welles ?

Que nenni. Ainsi, face à cette multiplication des « pseudo » retro-testeurs du Net qui sont autant chroniqueurs qu’un Krusty le Clown et n’auront guère autant prouvé leurs aptitudes et leur culture ludique que l’état parfait de leur cordes vocales, je répondrai que je sais où trouver des avis correctement exprimés et motivés.

Et pour conclure en pensant à toutes ces revues qui étaient nos sources avant l’arrivée du Net et en reprenant Agnès Bihl « Et là, je pense à l’âge d’or…Et là, je dors. »

Yace

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Co-Responsable de Ze Player, Rédacteur sur Grospixels.com, Animateur sur Radiojv.com.

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