Yakuza Like A Dragon : La pègre haute en couleur.

Quand SEGA a annoncé que le septième épisode de Yakuza ( si on omet les épisodes Kenzan ! et Dead Souls ) sera à la mode RPG, l’on pouvait raisonnablement se poser des questions quant au devenir de la série. Surtout que Kazuma Kiryu ne fait pas partie de la fête.

Des craintes mais aussi une grande curiosité enveloppaient celui qui ce surnomme Like A Dragon en occident quand son titre japonais Ryu ga Gotoku  7 le lie aux tribulations japonaises passées.

Pourtant, dès les premières minutes de jeux le changement se veut mineur. Rapidement les environnements sont connus. Kamurocho ce quartier chaud fictif des nuits tokyoïtes nous invite une fois de plus à l’aventure, à moins que le propos ne soit plus vraiment le même.

Sous-fifre d’une petite faille affiliée au clan Tojo, Ichiban Kasuga est un Yakuza en devenir, peu hardi et régulièrement moqué de ses lieutenants. Une rupture franche avec l’impeturbable Kazuma Kiryu ; nous avons à faire à une sorte de joyeux drille au comportement parfois adolescent. Les épisodes Kiwami et 0 sont passés par là et la série Yakuza de se permettre des écarts burlesques tandis que la trame principale reste dramatique. Une dichotomie bienvenue qui relève ce plat déjà riche en épices.

Alors que son quotidien se veut rempli de basses besognes comme surveiller le fils du Patriarche mafieux à qui il se voue corps et âme en l’appelant Jeune Maître, Ichiban se voit le sacrifié volontaire accusé à tort d’un meurtre qu’il n’a pas commis pour protéger un de ses supérieurs avec qui il a souvent mail à partir.

Un exil forcé de dix-huit années de prison qui verra sa sortie loin d’être récompensée par celui qu’il voit comme un père d’adoption. Les affres du temps sont passés, le clan Tojo n’est plus ce qu’il était et voici notre gaillard trahi en étant froidement abattu par les siens.

Laissé pour mort, Ichiban devra son salut à Nanba, SDF de son état qui lui a prodigué les soins nécessaires. L’on apprend assez vite qu’il fut infirmier. Belle aubaine.

Remis sur pieds, Ichiban n’a plus qu’une idée en tête : Comprendre.

Like A Dragon ne déroge pas à la règle et respecte son héritage fait de complots, de retournement de situations et de rencontres plus ou moins improbables. Ca c’est pour l’aspect chaussons confortables car le jeu se veut une révolution en devenant un RPG pour ses combats.

Pour qui a joué à un Yakuza apprécie ou non la saga, la coercition règne par ses combats, très nombreux combats. Dans Yakuza tout le monde vous en veut ou presque. Quelques mètres à flâner dans les rues que les altercations pleuvent et obligent à la castagne. Des rixes jouissives toujours exagérées pour des pugilats faits d’arts martiaux, de catch et de techniques moins nobles mais efficaces où tout ce qui tombe sous la main devient une arme de choix.

Une notion à accepter, souvent répétitive mais partie intégrante du gameplay.

Via le prisme du RPG, ses rencontres deviennent étonnamment logiques et moins contraignantes bien qu’il soit parfois bienvenu de les éviter ou de s’en échapper. Une alternative maligne qui prend son inspiration directe dans le JRPG fait de métiers et compétences. Variés et détonants, Ichiban et ses compères peuvent devenir hôtesse, chanteur voire Pop Idol parce que pourquoi pas. Chacun est évidemment associé à des coups en rapport. Comment ne pas résister à des chansons qui cassent les oreilles ou des jets de vin pétillant en bouteille à l’encontre des ennemis.


De la même manière, Ichiban peut invoquer des aides forts utiles. Clin d’oeil subtil à Final Fantasy, ces PNJ rencontrés au hasard d’une rue, n’hésiteront pas à répondre présents une fois que Ichiban les aura contactés avec son smartphone. Du colosse magnifique à l’écrevisse Nancy avec laquelle le héros s’est lié d’amitié. Car comme dit précédemment : Pourquoi pas.

L’offre est réjouissante avec un rythme d’affrontement dynamique et des personnages en mouvement permanent, composés d’ennemis insensés. Des yakuzas certes, mais aussi des skaters ou de drôles de types à moitié nus dans des sacs poubelles. Parce que…On connaît la chanson.

Ces délires purement japonais peuvent interroger, rebuter.
Pour les ceux-ce qui les aiment depuis plusieurs décennies c’est du caviar à la louche. Like A Dragon comme les épisodes précédents est une grande claque nippone dans la gueule.

Situation sanitaire et coût obligent, parcourir ces rues est assurément le moyen cheap mais efficace d’avoir une idée du pays pour les non connaisseurs et source de souvenirs pour les voyageurs.

Comme à l’accoutumée, les environnements sont crédibles et d’une rare cohérence. Tout est vivant, pertinent et l’envie de rentrer dans tous les magasins ( quelques-uns seulement le proposent ) se veut pressante. Avec un tel niveau de réalisme l’on souhaite un prochain GTA dans lequel on évolue majoritairement en voiture. Ce qui crée une vision diamétralement opposée à celle de SEGA dans laquelle on prend le temps de visiter.

Quel bonheur de rentrer dans les Konbinis qui vendent des produits de marques connues comme Suntori ou les boissons Boss. On aurait apprécié que ces établissements soient 7 Eleven ou Lawson pour plus de réalisme. On rappelle que dans Judgment il était possible de feuilleter des magazines dans ces superettes.

SEGA étant, on retrouve naturellement les Game Centers avec Virtua Fighter 2.1, le 5 et quelques vieux jeux qui tournent sur des Blast City. Un Out-Run et un Space Harrier traînent également comme des UFO Catcher. Depuis Shenmue il est toujours fort sympathique de glisser une pièce de 100 yens, mais dommage que d’un épisode à l’autre le gérant de la salle ne change pas les PCB des bornes.

Like A Dragon n’est pas avare en terme d’activités. S’il est de coutume d’aider un PNJ dans son quotidien pour obtenir une récompense et une notoriété sociale ( nous y reviendrons),  il est tout à fait possible de retourner à l’école pour passer des examens sous forme de QCM, de faire du kart ou d’aller au cinéma pour faire plaisir au propriétaire ou renforcer les liens avec son équipe lors d’une séance entre amis.

Cette dimension sociale n’est pas à prendre à la légère et c’est souvent dans le Survive Bar – le repère des compagnons – qu’il faudra s’accorder quelques libations pour écouter les états d’âme de chacun ; Ichiban devenant un confident privilégié aux conseils avisés. De ces échanges naissent la confiance, l’efficacité en combat par des comportements de fidélité qui développent de nouvelles compétences.


Une confiance importante que Ichiban devra également consacrer dans une petite société de confiserie en péril en en devenant le PDG. La gestion est un classique de Yakuza avec ses bars à hôtesses, sauf qu’ici il faudra tout contrôler. Du recrutement aux licenciements, tout en faisant attention au budget, locaux etc. Un jeu dans le jeu qui peut s’avérer chronophage mais ô combien lucratif.

Généreux. Voilà ce que l’on retiendra de cet épisode en marge qui se distingue par une forte personnalité. D’abord celle de son protagoniste mais surtout cette capacité d’avoir pu renouveler intelligemment une saga tout en conservant les fondations.

Yakuza n’est pas une série de jeux à recommander au premier venu. Il faut avoir une certaine appétence pour la culture japonaise et être conscient que l’offre est tout à fait en rupture avec les jeux occidentaux. Un jeu pour les fans qui peut s’avérer une formidable surprise si l’on ose franchir le pas pour retrouver une intrigue prenante et des personnages attachants comme détestables.

La présence de Takeshi Kitano dans l’épisode précédent est un argument suffisant pour apprécier tout le sérieux et le savoir-faire des gens derrière le studio Ryū ga Gotoku Studio.

Incontournable.



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