Elle s’appelait Nolife…

Une chaîne de télévision dédiée à diverses passions qui se réunissent en un tout. Telle était la volonté de Sébastien Ruchet et d’Alex Pilot, deux doux dingues un brin rêveurs qui ambitionnaient d’imposer leurs amours fols dans le PAF.

Deux comparses qui ont fait la joie des curieux des courts métrages plus amateurs qu’autre chose dans les années 90 et qui déjà donnaient le ton, un état d’esprit. Bitoman. J’ai souvenir de cette bande d’allumés qui singeaient allègrement manga et jeux vidéo dans un improbable crossover aussi jouissif que terriblement régressif. On avait suivi les tribulations chez Game One pour l’émission Mémoire Vive et les productions de Pocket Shami avant que le grand bain se fasse pour de bon sur le canal d’une Freebox en 2007. Nolife était né.

Alors que YouTube et autres diffuseurs de contenus en étaient qu’à leurs débuts lacunaires, Nolife mettait sans vergogne un coup de pied dans une fourmilière bien trop sage, comme s’il fallait rappeler aux meilleures heures de l’impertinence des magazines de jeux vidéo qui avaient soit muté en de navrantes publications sans saveur, soit tout simplement disparu ; le contre pouvoir étant né avec Canard Pc et Gaming en 2003.

Une suite logique, élaborée par des trentenaires élevés aux biberons Récré A2, Club Dorothée,Tilt,  Player One, Tonkam, arcade ( je ne les citerai pas tous )  et tout ce qui constitue aujourd’hui une pop culture que les plus vieux consommaient à outrance sans imaginer un jour que montrés du doigt moqueur quand il n’était pas accusateur dans leur adolescence, qu’ils avaient raison depuis le début. Qu’importe les quolibets.

Nolife agrège rapidement une équipe composée d’un panel de gens assez variés œuvrant pour une cause commune. Les débuts reconnaissons le assez foireux, avaient quelque chose d’assez proche du fanzine. Une couleur véritable que seuls les ceux-ce qui un jour se sont risqués à en élaborer jusqu’à la publication peuvent comprendre. De nos jours n’importe qui a la possibilité de produire du contenu qu’il soit écrit ou vidéo en ligne. Avant il fallait se casser la tête, relever de nombreux défis et s’armer de patience en étant animé par l’envie de porter sa pierre à l’édifice.

En ce sens, j’ai rapidement adhéré à Nolife sans fustiger les grossières erreurs qui à mes yeux étaient charmantes. Voir des types ramer et finalement sortir un produit sympathique et de qualité ne peut que rallumer la flamme de l’ado dont les braises toujours ardentes savent encore brûler.

Bien entendu, tout n’était pas parfait, loin de là. De l‘acting pas toujours heureux, Une J-Pop omniprésente qui pouvait taper sur le système tout comme rendre curieuses les oreilles en fonction des titres joués. Les amateurs des jeux d’importation ne peuvent que comprendre mes propos. Qu’importe, c’était ce sel nécessaire à un plat déjà roboratif.

Nolife faisait partie de ma vie. A l’instar d’une radio que je mets en fond, la chaîne m’accompagnait dans mon quotidien et était devenue un rendez-vous salutaire, une bulle d’oxygène, comme les magazines de jeux vidéo que j’aimais tant parcourir ado.

Ces magazines que j’ai vu naître, grandir, avec cette liberté de ton ici, cette irrévérence là. Des compagnons de route que je chéris encore aujourd’hui alors qu’ils n’existent plus. Ce parallèle je le fais car je les ai tant aimés comme j’ai aimé Nolife. Certainement plus à ses débuts mais l’aventure mérite d’avoir existé.

Nous avons tous voulu  faire un jour notre show devant une caméra pour imiter Wayne Campbell et Gath Algar alors dans un sous-sol de Aurora en Illinois,  à faire n’importe quoi tant que l’on se marre.

Eux l’ont fait et de fort belle manière vu qu’ils ont dépassé de cinq ans la vie de la chaîne La Cinq lancée en 1986.

Nolife est mort, vive Nolife. Je suis amer, mais pour ces onzes années, Megateuf Seb, Megateuf Alex. Excellent.

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Responsable Editorial Rédacteur chez Pix'n Love, Retro vers le Futur Chroniqueur dans " Les Tauliers " sur Radio JV.com

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