Un mois de 3DS

    La découverte en avant-première de la 3DS à Amsterdam avait suscité des réactions mitigées. Allant de la dithyrambe à la diatribe, l’appréhension de la machine à défaut d’avoir fait l’unanimité aura au moins eu le mérite de faire parler d’elle. À sa décharge, on soulignera une présentation on ne peut plus lacunaire avec des annonces plutôt molles.

    Et quand bien même plusieurs machines étaient à disposition avec une logistique tout à fait performante (en-cas et hôtesses), on ne se fait qu’un réel avis sur une console portable dans la meilleure des situations à savoir chez soi, affalé dans son canapé. Le face-à-face pouvait donc recommencer.

    Bon cette 3D, ça marche?

    Il faut le reconnaître, la 3D sans lunettes reste assez surprenante. On s’attendait à une option bancale, il n’en est rien. Les lunettes pour cette technologie sont devenues dispensables voire obsolètes. Et in situ, difficile de ne pas s’étonner du rendu. Là où la réalité virtuelle des années 90 restera un grand fantasme, la 3D s’offre à tous et de bien belle manière pour celle et celui qui y trouvera son compte. Car après l’effet de surprise largement gâché par le design de la machine copié-collé de la DS, des questions s’esquissent quant au but de cette technologie.
Au cinéma l’on nous promettait monts et merveilles, une véritable valeur ajoutée. Force est de constater que la 3D n’apporte que peu ou prou au divertissement. L’on arguera que de trop nombreux films sont mis en 3D en post-production et que par conséquent l’immersion sera moins bonne, que les rares films tournés en 3D n’offrent pas le gain tant attendu à l’instar des films diffusés au Futuroscope par exemple.

    Concernant la 3DS, l’on a l’impression d’un phénomène similaire. La communication déjà, ces fameuses promesses. La publicité très bien faite (et reprenant le code esthétique initié par les pubs Wii) nous dit « Ensemble ils découvrent la 3D ». Trop bien faite même tant les protagonistes font penser à des acteurs zélés qui exagèrent leur étonnement. L’Actor Studio comme si l’on y était. Car dans la réalité, les réactions sont moins extraverties, mais réactions il y a.

    Pour l’avoir mise à disposition de quelques invités, les avis recueillis sont assez opposés. L’on va de celui qui voit parfaitement la 3D et qui trouve le rendu plutôt peu séduisant : « Ce ne sont que des plans plats en superposition », à celui qui la repose à peine deux minutes de jeux effectuées, la 3D lui donnant des maux immédiats.

    D’autres trouvent le rendu intéressant.

    Reste que les enfants sont assez conquis. Nécessairement moins blasés que de vieux joueurs à qui on ne la fait plus.

    Si ce bilan se veut en demi-teinte, il reste toutefois positif. Le pari est gagné, la technologie fonctionne. Certes pas adaptée aux plus sensibles mais il en est de même pour le cinéma.

    Des jeux par centa… Ah non.

    On s’essaiera aux différents « jeux » offerts avec la machine. Réalité augmentée, bataille de têtes, ou photos 3D. Rien de bien folichon mais ils permettent de se familiariser avec la machine et convainquent que l’ensemble fonctionne plutôt bien si l’on n’est pas sujet à des maux de crânes ou à un strabisme contraint par l’écran.
Ce genre de désagrément n’étant pas un cas isolé, l’on comprend mieux la possibilité de pouvoir régler la 3D à son envie. Pas désagréable dans certains jeux (Rayman ou Super Street Fighter IV) elle peut devenir un handicap véritable dans d’autres comme Pilotwings Resort. Une limite déjà atteinte ? Difficile de le dire, et ce sera avec le temps que l’on verra si les jeux seront plus adaptés à la vue de nos contemporains.

    Les jeux d’ailleurs, un sujet chagrin. De mémoire, l’on a rarement vu un line upde sortie de machine aussi peu séduisant. Un point reste choquant : où est l’habituelle grosse licence Nintendo ? Si en 2005 la DSn’offrait pas le top des réjouissances, il y avait au moins le remakede Super Mario 64et Wario Ware Touched! pour découvrir l’écran tactile.

    Ici rien ou presque. Des remakes allant de Rayman 2 à Super Street Fighter IV, des chiens-chiens en pagaille mais dont la cible enfantine ne colle pas avec le prix prohibitif élevé de la machine : 249 euros. Pilotwings Resort reste le plus original des jeux, quant aux autres…

    Un manque conséquent, mais qui devrait vite être comblé avec, gageons-le, des annonces fortes lors du prochain E3. Déjà le nouveau Mario, et certainement de nombreux autres titres de la part d’éditeurs tiers, comme à l’époque de la DS.

    Sauf si…

   …cette 3DS ne serait qu’un pétard mouillé à l’image du Virtual Boy et de la Nintendo 64. On ne parlera pas du Gamecube, celui-ci n’ayant bénéficié d’aucune grosse promotion et étant sorti dans l’indifférence totale. On pourrait dire la même chose du Virtual Boy, à l’exception que le concept se voulait révolutionnaire.

    Les chiffres parlent d’eux mêmes. Là où Nintendo comptait vendre 4 millions de sa machine, c’est près 2,5 millions d’entre elles qui se seraient vendues. Un chiffre somme toute plutôt bon, mais bien en-deçà des prévisions. Pis encore, la PSP s’est plus vendue ces dernières semaines. La DS elle aussi passe régulièrement devant sa petite sœur.

    De quoi inquiéter, et à ce titre le Président de Nintendo Satoru Iwata s’est expliqué dans un discours oscillant entre le mea culpa et l’aveu de faiblesse.

    Cela pourra-t-il constituer un frein au développement des éditeurs tiers ? Pour l’instant il n’en semble pas question, et il faudra une fois encore être attentif aux annonces de l’E3.

    La 3DS tu achèteras.

    Mais surtout tu attendras avant de te décider à dépenser ton argent. Non pas que la machine ne soit pas séduisante, mais force est de constater que pour le moment aucun jeu n’apporte ce que la 3D est censé offrir. Super Street Fighter IV restera toujours plus beau et confortable à jouer sur un grand écran avec un joystick, Rayman 3D n’est qu’un vulgaire portage Dreamcast du second épisode de Rayman alors que le troisième épisode, bien supérieur, existe. Des remakes faits à la va-vite sans l’immersion tant désirée.

    Le marketing est fait, il ne reste plus que des jeux originaux pour convaincre le reticent à l’essai puis à l’acquisition. À moins que ce ne soit qu’un énorme problème de placement et de marketing au final.

    Une machine high tech qui se veut évoluée mais qui peine dans sa stratégie de séduction. Certes le prix est une résultante évidente, mais combien se sont battus en novembre 2000 dans la marée humaine du Virgin Megastore des Champs Elysées pour acheter une Playstation 2 à 500 euros malgré le peu de titres intéressants du line up ?

    Une décade est passée, et peut-être que ce marketing du So Classy, so High Tech, est suranné.

    Les plus vieux se souviendront de la communication des années 90, plus racée, plus évidente. Une machine et une flopée de titres tout azimut, voilà ce que l’on voyait. Simple et bigrement efficace, du visuel, des couleurs, du fun.

    L’histoire se voulant être une répétition, nous sommes peut-être revenus dans ce cycle où le consommateur devient joueur et spécialiste. Et à celui-ci une seule promesse : l’amusement. À Nintendo désormais de la tenir.

Jibé

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Responsable Editorial Rédacteur chez Pix'n Love, Retro vers le Futur Chroniqueur dans " Les Tauliers " sur Radio JV.com

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