Daniel Ichbiah (1) : Redistribution des cartes

Nous nous trouvons à un point très particulier de l’histoire des jeux vidéo. Tellement particulier qu’il pourrait fort y avoir durant les années à venir une énorme redistribution des cartes au niveau du marché des consoles. Trois facteurs ont ‘cassé’ le modèle existant:

 

. La qualité des principales machines est devenue suffisante pour rendre peu urgent de passer à la génération suivante,

. Les recherches en terme d’interface sans manette échouent à séduire à grande échelle,

. Le modèle iPad / iPhone a brisé le consensus des jeux chers et il a bouleversé le domaine des consoles portatives.

En se conjuguant, ces 3 facteurs engendrent un grand bouleversement du marché tel que nous l’avons jamais connu jusqu’alors.

Avec la PS3, Sony a placé la barre très très haut. Si haut que, bien que cette console ait été lancée en 2007, elle demeure totalement d’actualité. Si l’on en croit Sony, les développeurs n’auraient encore exploité que 70% de ses capacités. Les images HD à 1080 points sont si fines que faire mieux apparaît comme une quête presque vaine – le nouvel iPad d’Apple a axé une partie de sa campagne sur sa résolution de 2 048 x 1 536 pour une diagonale de 9,7 pouces (24,6 centimètres), soit une image plus fine que celle d’un téléviseur Full HD (un million de pixels de plus !).

À l’usage, il est tout de même difficile de voir la différence. Nous sommes arrivés avec la full HD, à une finesse suffisante pour l’œil se sent confortable. Faire mieux, c’est bien, mais est-ce vraiment indispensable ? Pas si sûr. En attendant, les jeux PS3 continuent d’être fort séduisants. Idem pour la Xbox 360 qui survit incroyablement bien. Sur quels points pourront se positionner leurs successeurs ? Probablement, la vitesse d’exécution. Mais avant d’amener un adolescent à débourser plusieurs centaines d’euros pour une nouvelle machine, il faudra se montrer sacrément bluffant ! Nous pourrions arriver en fait à la situation qu’a connu le cinéma – une qualité d’image suffisante pour qu’un même standard soit jugé acceptable durant des dizaines d’années.

Le deuxième point est celui des tentatives de nouvelles interfaces telle que la Kinect, la tablette de la Wii U, le PlayStation Move.

À l’usage, il est permis de se demander s’il ne s’agit pas, purement et simplement d’une fausse route. Si certains jeux Kinect sont plus que satisfaisants (Star Wars Kinect), un grand nombre se révèlent rapidement ennuyeux (Lapins Crétins). Mieux encore, la plupart des jeux Xbox 360 continuent d’ignorer cet accessoire. Quand à la tablette connectée à la Wii U, elle peut raisonnablement laisser le joueur sur sa faim. Poser qu’elle pourrait faire la différence dans les consoles de nouvelle génération est hasardeux. En réalité, ces divers accessoires ont prouvé une chose : l’interface est un phénomène secondaire ! Un jeu est un jeu. Dans de nombreux cas, la bonne vieille manette est l’interface la plus adéquate. Avoir quelque chose dans les mains est quelque chose de naturel dans un grand nombre de situations, qu’il s’agisse d’une manette, de la guitare pour Guitar Hero ou du volant de Mario Kart. Il n’existe tout simplement pas d’interface universelle, une interface qui pourrait remplacer avec bonheur toutes les autres. Il existe une interface idéalement adaptée à un jeu donné. À terme, il paraît donc illusoire de vouloir vendre une console quelconque sur la seule base de la reconnaissance du mouvement ou d’une tablette connectée.

Le troisième point est l’iPhone. Si la PS Vita peine à s’imposer, si la 3DS est à la peine, c’est parce que, l’objet que nous avons inévitablement dans la poche, c’est un téléphone. S’il peut se transformer en console, c’est pour le mieux. Les smartphones ont naturellement détrôné les lecteurs MP3 – pourquoi s’encombrer de deux appareils là où un seul peut suffire ? De même, l’iPhone et les téléphones Android semblent appelés, presque inévitablement à rendre obsolète le marché des consoles de poche. L’iPad et les tablettes que l’on emporte dans sa serviette ne peuvent que conforter le phénomène. En fait, le constructeur qui sortirait une manette idéale, (oui, une manette de jeu pour iPhone/iPad mais plus adéquate que la Gamepad 60Beat apparue en janvier dernier), pourrait bien faire fortune – quelque chose de peu encombrant, qui puisse se glisser naturellement dans la poche, dans le genre de la ROAM. Il semblerait d’ailleurs qu’Apple y réfléchisse. Or, Apple a réussi à briser le modèle des jeux à 40 euros et divisé ce prix par dix ou presque, à l’instar de ses apps. La tendance paraît irréversible.

Autant de facteurs qui laissent augurer d’immenses remous dans le secteur du jeu vidéo. Là où le trio infernal s’appelait Sony, Microsoft et Nintendo, ne pourraient subsister dans le futur que Sony, Microsoft, Apple et Google !… Qui plus est, on peine à percevoir comment les futures consoles pourront être vendues à plusieurs centaines d’euros dès lors que le prix de leurs concurrentes naturelles, les tablettes ne cesse de baisser…

 

Daniel Ichbiah

A propos Mathieu Goux 81 Articles
Co-Responsable de Ze Player, Rédacteur sur Grospixels.com, Animateur sur Radiojv.com.