Ma petite Catherine

   Je m’appelle Vincent. Vincent Brooks, et je me suis mis dans de sacrés beaux draps. Plus vulgairement je suis dans la merde. Moi. Moi qui durant plusieurs décades n’ai jamais eu une vie des plus palpitante, et qui regrette soyez-en assuré, la douce vie de l’adolescence, où comment l’insouciance remplace les soucis qui ne viendront qu’à l’âge adulte. Aujourd’hui me voilà indolent, ne sachant plus trop ce que je fais de ma vie. Un nouveau job qui me rend corvéable à souhait, faisant de mes heures supplémentaires une forme de bénévolat. Et comme je ne suis pas du genre à regimber, je ferme ma gueule, et me laisse enfiler joyeusement par mon Boss. Bah… j’ai au moins la chance d’avoir un job, ce qui comble Katherine.

 

   Ah, Katherine… Ma petite amie, ma fiancée même selon ces couillons de Orlando et Jonny, deux de mes comparses qui m’accompagnent depuis maintenant un sacré bout de temps. Ils connaissent tout de ma vie, me conseillent, se moquent de moi, et au final m’appuient dans ma relation avec celle qui partage ma vie. Mais allez comprendre pourquoi je ne m’en satisfais pas. Elle est pourtant un beau brin de fille. Élégante, intelligente, bref Kat a tout ce dont on peut rêver. Mais moi je ne rêve plus. Elle me rappelle quotidiennement à cette routine qui m’effraie. Et vas-y que je dois faire attention à mes dépenses, que je dois mieux ranger chez moi, et que je devrais une bonne fois pour toute m’engager avec elle. Patati et patata, gna, gna, gna.

   Putain, ça me fatigue. Ce n’est pas que je ne l’aime pas, ou moins. Je ne sais plus…

   Elle est tout le temps sur mon dos, à me contrôler et à me reprocher mes sorties alcoolisées au Stray Sheep. J’aime le Stray Sheep, c’est notre quartier général. Son ambiance cosy nous permet de nous détendre et de nous épancher sur nos vies sur fond de misérabilisme. La maladie du trentenaire il faut croire. C’est l’une de mes rares distractions, et elle me le condamne. Est-ce avec une telle hygiène de vie que je peux devenir un Pater Familias ? Mais d’abord, je n’ai pas envie de ce genre de responsabilités. Que l’on me laisse tranquille !

   Et moi qui voulais de la nouveauté, de la fraîcheur, je me suis retrouvé après une nuit un peu trop arrosée, dans les bras d’une jeune et magnifique inconnue. Oui, j’ai commis un acte irréparable, j’ai trompé Katherine avec … Catherine. Coïncidence ou non, me voilà à nouveau dans un post trauma des plus détestable. J’ai trahi une confiance, je suis un salaud, et je le vis mal.


Pourtant… je ne peux resister à Catherine. Tout l’opposé de son homonyme. Elle est fraîche, adorable, mutine, et si parfaitement gaulée. Un corps taillé pour le sexe, m’offrant aux pires perversions. Dès lors un sentiment de dualité est né en moi. Tromper Katherine me déchire, mais ne pas succomber à Catherine me rend malade.


L’une est ma mère, l’autre ma putain.


C’est ainsi que sont apparus mes cauchemars. Me voilà à moitié nu, portant des cornes de bélier à tenter vainement d’escalader un monticule gigantesque, fait de blocs que je peux pousser ou tirer. La route est truffée de pièges, et quelques congénères moutons tentent également la redoutable ascension. Mais dans quel but ? Pourquoi m’infliger telle punition ? Souffrir de mon acte n’est-il déjà pas suffisant ? Faut-il que chaque nuit la séance se reproduise, m’efforçant à rapidement apprendre les rouages de ce parcours macabre ? Et pourquoi la présence de ces satanés moutons qui eux aussi semblent pâtir de leurs relations ?

   Et tout ça pour finir dans un confessionnal où l’on me pose des questions personnelles, jusqu’à mon réveil. A chaque nuit ses terreurs. Celles-ci se muent de temps à autre en mes pires peurs. L’enfant, le mariage, le sexe débridé et que sais-je encore. Je suis poursuivi par d’horribles représentations de Katherine, de ce qu’elle souhaite. Et parfois il m’arrive alors réveillé, d’entendre des voix.


   Et ces voix Vincent… sont-elles accompagnées de visions ?

En effet Docteur. Pas plus tard qu’hier dans les sanitaires du Stray Sheep. Je suis en train de devenir fou…

 

   Il se dit aux informations, que de jeunes gens comme vous sont retrouvés morts. Généralement on les soupçonne de tromperie. Une malédiction en somme…

   Mais Docteur puis-je mourir dans mon sommeil ?

   Ça mon jeune ami, je ne puis réellement vous répondre. Dans un contexte normal je vous dirai que j’ai grand peine à le croire. Mais là… reconnaissons que je ne sais plus trop comment envisager la situation.
Il me semble que vous êtes masochiste en vérité, et vous conduisez inconsciemment à votre propre perte. Car au final, aussi usantes et laborieuses sont vos épreuves nocturnes, avouez que y vous trouvez une certaine forme de plaisir. Quand bien même vous avez grand mal à vous mouvoir avec ces blocs, vous avez besoin de vous retrouver en ces lieux, qui semblent emprunts de religion.

   C’est insensé ! Je voudrai que cela cesse ! .

   Vraiment ? Vous avez besoin de réponses, et ce n’est qu’en réussissant ce test que vous les obtiendrez. Vous ne savez rien de Catherine. Pourquoi vous est-elle apparue ? Vous rendez-vous compte, finalement vous l’avez votre aventure. Au sens strict du terme, et non l’extra conjugale. Du mouvement, du renouveau. Certes cela ressemble plus à un parcours initiatique un peu bancal

…Je suis…épaté…Je vois les choses autrement à présent. Pourtant cela s’annonçait mal.

Combien vous dois-je Docteur? 

 

   59.99 euros Vincent. J’espère que vous comprenez que c’est bien parce que votre histoire est tumultueuse et palpitante que vous vous accrochez. Si vos rêves n’étaient que blocs sans saveur, dignes de certains casses tête vite redondants, pour sûr que ma consultation vous aurait semblé onéreuse…

   Jibé

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Responsable Editorial Rédacteur chez Pix'n Love, Retro vers le Futur Chroniqueur dans " Les Tauliers " sur Radio JV.com

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